La Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA) a célébré, les 6 et 7 novembre, ses 30 ans d’existence. Trente années de discours antinéolibéraux, de combats pour la souveraineté alimentaire et la justice sociale. Mais au terme de ces trois décennies, une question s’impose : quels résultats concrets pour Haïti ?
Créée en 1995, la PAPDA regroupe plusieurs organisations de la société civile : la Solidarité des femmes haïtiennes (SOFA), l’Association nationale des agroprofessionnels haïtiens (ANDAH), l’Institut de technologie et d’animation (ITEKA), l’Institut culturel Karl Lévêque (ICKL), le Centre de recherche et d’action pour le développement (CRAD) et le Mouvement des petits paysans de l’Artibonite (MITPA).
Selon Ricot Jean-Pierre, directeur des programmes, la PAPDA se veut « un outil antinéolibéral qui remet en question le système capitaliste et les politiques imposées au pays ». Mais pour de nombreux observateurs, ces remises en question sont restées au niveau du discours.
De grandes ambitions, peu de réalisations visibles
Depuis sa création, la PAPDA s’est positionnée contre les politiques économiques dictées par les institutions internationales, plaidant pour un modèle de développement endogène et solidaire.

Camille Chalmers, son directeur exécutif, rappelle : « De la lutte pour la souveraineté alimentaire à celle pour la légitimité du créole, nous avons été présents dans tous les combats essentiels des trente dernières années. »
Cependant, la réalité nationale montre une tout autre image : la dépendance économique s’est aggravée, l’insécurité alimentaire touche plus de la moitié de la population, et les inégalités sociales se sont creusées.
Haïti reste tributaire des importations, tandis que le civisme et le sens collectif se sont effrités, comme Prodige Association le dénonce souvent. Le pays, autrefois terre de luttes populaires, semble aujourd’hui englouti dans un désordre généralisé au nom de la démocratie.
Une lutte symbolique : le canal de la rivière Massacre
Parmi les combats les plus récents, Camille Chalmers cite la bataille menée aux côtés du mouvement paysan de la Plaine du Nord pour la construction du canal sur la rivière Massacre.
Une cause qu’il considère comme liée à la souveraineté nationale et à la dignité du peuple haïtien. Mais là encore, les résultats peinent à se concrétiser : les tensions diplomatiques persistent, et les paysans, faute de moyens, attendent toujours le développement promis.
Un anniversaire entre lucidité et désillusion
Trente ans après sa fondation, la PAPDA se trouve à la croisée des chemins.
Si son discours critique du capitalisme et de l’ingérence internationale garde une pertinence théorique, son impact réel sur les conditions de vie du peuple haïtien demeure difficile à mesurer.
Beaucoup s’interrogent : la PAPDA a-t-elle su transformer ses idéaux en actions structurantes ?
Camille Chalmers, fidèle à sa ligne militante, répond par la persévérance :
« Ce qui importe aujourd’hui, c’est d’articuler cette force de résistance autour d’un véritable projet national. »
Reste à voir si, après trois décennies de plaidoyer, la PAPDA saura transformer la contestation en construction, et la résistance en résultats tangibles pour la nation haïtienne.






















