Le discours prononcé le 25 novembre 2025 par le conseiller-président Fritz Jean soulève autant d’espoirs que de doutes.
En se présentant comme un homme droit, refusant, selon ses mots, un « chantage », provenant d’un diplomate américain, il tente de projeter l’image d’un dirigeant guidé par la conscience citoyenne et la souveraineté nationale. Mais cette posture est-elle réellement l’expression d’une conviction profonde, ou bien s’agit-il d’une stratégie politique dans un contexte où la légitimité des institutions demeure fragile ?
Pour de nombreux citoyens, la question de la bonne foi de Fritz Jean commence bien avant ce discours. Elle repose d’abord sur les conditions qui ont permis son accession au pouvoir. Après l’assassinat tragique du président Jovenel Moïse et les turbulences ayant marqué la fin de la transition d’Ariel Henry, les acteurs politiques ont conclu, sous l’égide de la CARICOM, un arrangement qui reste contesté.
Beaucoup y voient une structure extra-constitutionnelle formée davantage pour préserver des intérêts que pour restaurer l’ordre démocratique. Les élites politiques, dont Fritz Jean, ont accepté cette architecture qui, selon plusieurs observateurs, s’éloigne des normes institutionnelles haïtiennes. Malgré cette union inédite, le pays continue de s’enfoncer dans l’insécurité, et aucune avancée notable n’a été enregistrée quant à l’organisation d’élections crédibles.
Comment expliquer que des personnalités qui se réclament de l’intégrité aient pu cautionner une formule aussi vulnérable à l’ingérence et dépendante du soutien extérieur ?
Dès lors, l’interrogation demeure : le sursaut affiché par Fritz Jean est-il le signe d’une prise de conscience tardive, d’un début de résistance face aux pressions internationales ? Ou n’est-ce qu’une manœuvre populiste destinée à redorer une image ternie par une transition impuissante ?
Dans un pays où la méfiance est devenue la règle, seule une action cohérente, durable et transparence pourra permettre de trancher. Pour l’instant, la balle reste dans le camp de Fritz Jean.






















