C’est avec émotion que les fidèles de l’église Shalom Tabernacle de Gloire, à Delmas 33, ont été témoins d’une scène aussi inattendue que déroutante, le 26 décembre 2025. Deux figures religieuses controversées, régulièrement accusées de dérives et qualifiées par plusieurs de faux prophètes, ont rendu visite au pasteur André Muscadin. Il s’agit du pasteur Marco Zidor et du prophète autoproclamé Mackenson Dorilas.
Cette rencontre, présentée comme une tentative d’union pour la paix, viserait l’organisation d’une grande marche nationale le 3 janvier 2026. Le pasteur Muscadin a déclaré vouloir « saisir cette occasion pour envoyer un signal de paix », précisant que l’initiative ne serait pas d’ordre théologique, mais patriotique. Une déclaration faite en plein culte, dans un pays où les mots religieux ont trop souvent servi de carburant à la confusion.
Mackenson Dorilas, de son côté, a lancé un appel à d’autres pasteurs pour rejoindre cette union, affirmant que « le changement du pays sortira du milieu protestant ». Une affirmation qui interroge, alors même qu’il ne répond pas aux critères reconnus du protestantisme et reste marqué par un passé lourd de conséquences.
Les précédents sont douloureux. En octobre 2019, Mackenson Dorilas avait encouragé ses fidèles à descendre dans les rues contre le président Jovenel Moïse. Moins de deux ans plus tard, le président élu était assassiné, et Haïti s’enfonçait dans un chaos dont elle ne s’est toujours pas relevée.
En août 2023, une marche initiée par Marco Zidor contre les gangs s’était soldée par un drame : plusieurs fidèles, armés de machettes et de bâtons, avaient perdu la vie.
Quant au pasteur André Muscadin, il est connu pour pousser ses fidèles à des actions qui dépassent largement l’enseignement biblique, transformant souvent le culte en spectacle. Cette dérive spirituelle, encouragée par des alliances douteuses, semble refléter la déchéance morale et spirituelle d’un pays à bout de souffle.
Ironie tragique : cette union était le rêve de Mackenson Dorilas depuis 2018, lorsqu’il appelait déjà, dans un sermon, ces mêmes leaders à s’unir. Aujourd’hui, ce rêve ressurgit, non comme une lueur d’espérance, mais comme un rappel douloureux des erreurs passées.
Dans une Haïti ensanglantée, cette alliance laisse un goût amer. Plus qu’un message de paix, elle ravive les craintes d’un peuple qui a trop souvent payé le prix des ambitions déguisées en prophéties






















